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Le Raptor relance « 10 000 pas » en vidéo, sous l’œil de l’Arcom

Ismaïl Ouslimani, alias le Raptor, a lancé le 22 octobre la saison 5 de son podcast « 10 000 pas », désormais filmé et diffusé sur YouTube. Ce retour à l’image intervient alors que l’Arcom instruit, pour la première fois, une saisine visant un podcast : le sien. Le Raptor ne touche aucun argent public : il est adossé à la vente de sa propre marque de compléments alimentaires.

Par la rédaction ·  · 5 min de lecture

Ismaïl Ouslimani, dit le Raptor, derrière son micro dans le décor de la saison 5 de « 10 000 pas »
Capture d’écran : 10 000 pas / YouTube

Ismaïl Ouslimani, connu sous le pseudonyme du Raptor, a lancé la cinquième saison de son podcast 10 000 pas. Un épisode d’annonce de 17 minutes, « #0 La suite arrive », a été mis en ligne le 17 octobre 2026, avant un premier épisode de 3 h 22 le 22 octobre, « #1 Ils ont détruit la France ». Deux autres ont suivi, les 29 octobre et 5 novembre, d’un peu plus de trois heures chacun.

La nouveauté est le format. « Bienvenue sur le format vidéo », lance l’animateur dans le premier épisode. Les quatre premières saisons étaient uniquement audio, gratuites et sans publicité sur Spotify et Apple Podcasts. Au programme : la mobilisation lycéenne, la visite du pape Léon XIV en France, les médias, l’école et la fiscalité des successions. L’émission s’ouvre sur un avertissement qui la présente comme « un programme humoristique », recourant à la caricature et à la satire.

Le Raptor n’est pas un débutant. Sa chaîne, alors baptisée Raptor Dissident, est apparue sur YouTube en février 2015 et comptait déjà 719 000 abonnés en 2023. Le 15 mai 2022, elle avait été supprimée en plein direct, devant plus de 5 000 spectateurs, sans explication de YouTube. Il dit avoir choisi l’audio il y a quatre ans parce que « YouTube n’était pas prêt » pour un format long.

Une procédure sans précédent

Ce retour à l’image intervient alors que le podcast est visé par une procédure inédite. Le 18 février 2026, Le Monde a révélé que l’Arcom avait jugé recevable une saisine contre ce que le quotidien qualifie de « podcast masculiniste ». C’est la première fois qu’un podcast fait l’objet d’une telle procédure. En cause : l’épisode « Les Frances parallèles », diffusé le 31 août 2025 et écouté par plus de 100 000 personnes sur Spotify, dans lequel l’animateur affirme que « le monde souffre d’une épidémie d’homosexualité ».

Le régulateur n’a pourtant aucune compétence sur un podcast, qui n’est ni une radio ni une chaîne de télévision. Il passe donc par le règlement européen sur les services numériques (DSA) et vise les plateformes qui le diffusent : Spotify, Deezer, Apple. Celles-ci risquent une mise en garde, et l’épisode pourrait être retiré, indique Puremédias. Interrogée au Sénat, une conseillère de l’Arcom, Laurence Pécaud-Rivolier, reconnaissait une « instruction extrêmement compliquée ». Neuf mois plus tard, aucune décision n’a été rendue publique.

L’auteur de la saisine n’est pas connu. Le Raptor, lui, a désigné un coupable : « Le Monde saisit l’ARCOM pour censurer mon podcast », titrait-il sur son site le 19 février. Aucune source ne confirme que le quotidien est à l’origine de la plainte. L’influenceur affirme aussi avoir été convoqué deux fois à la brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP) pour ce même épisode.

Un média qui vit de ses clients

Le modèle économique de 10 000 pas ne doit rien à la publicité classique ni à l’argent public. Le podcast sert de vitrine à deux entreprises de son animateur. Raptor CoachingPRO, créée en 2016 avec un coach diplômé, vend des programmes d’entraînement et de nutrition : 177 € pour Raptor Bodyweight II, 297 € pour Zero to Hero, en achat unique. Raptor Nutrition, lancée en 2022, commercialise des compléments alimentaires, des protéines et des barres « produits intégralement en France ».

L’ensemble est porté par The Raptor Company, une SARL créée en octobre 2018 dont Ismaïl Ouslimani est le gérant. D’après le registre officiel des entreprises, ses comptes 2024 affichent un résultat net de 1,2 million d’euros.

Pendant l’émission, l’influenceur vante entre deux sujets sa boisson PLAY, un des produits phares de sa marque.

Rire n’est pas un délit

Commençons par l’évidence que la procédure semble ignorer : 10 000 pas se présente d’entrée comme un programme humoristique, fait de caricature et de satire, et c’est ainsi que l’entend son public. Plus de 100 000 personnes ont écouté l’épisode incriminé ; elles n’y ont pas entendu un programme politique mais une provocation au second degré, dans la tradition d’un humour qui force le trait pour faire rire. On peut ne pas goûter ce ton. Les auteurs de la saisine y voient, eux, des propos injurieux envers les homosexuels, et estiment que ce qui est interdit hors ligne doit l’être en ligne. Mais décider de ce qui est drôle n’a jamais été le métier d’un régulateur.

Et si quelqu’un s’estime injurié, la loi existe, et elle a un juge. La loi de 1881 sur la liberté de la presse prévoit un procès, un débat contradictoire, des droits de la défense et la possibilité de faire appel. Ce que l’on demande ici à l’Arcom est tout autre : obtenir d’entreprises privées le retrait d’un programme sur lequel le régulateur n’a, de son propre aveu, aucune prise directe. Le DSA devait viser les contenus illicites ; le voilà mobilisé contre une émission d’humour et d’opinion, par une autorité administrative dont la mission historique était la radio et la télévision. Si la procédure aboutit, ce ne sera pas la dernière.

Le contraste a de quoi faire sourire. D’un côté, un podcast qui ne touche pas un euro de subvention et vit de ce que ses auditeurs choisissent d’acheter. De l’autre, un paysage médiatique largement financé par le contribuable : Le Monde, qui a révélé l’affaire et qualifie l’émission de « masculiniste », a perçu 7,8 millions d’euros d’aides directes à la presse en 2024 selon les chiffres du ministère de la Culture, et son groupe 17,3 millions. L’Arcom elle-même fonctionne avec un budget public d’environ 50 millions d’euros. Rien ne prouve que le quotidien soit à l’origine de la saisine. Mais on peut au moins remarquer qui, dans cette affaire, rend des comptes à ses clients, et qui les rend à l’État.

Le modèle a au moins le mérite de la clarté. Quand le Raptor vante un produit, il dit qu’il s’agit du sien et où l’acheter : l’auditeur sait qui finance l’émission, et il est libre d’en juger. On ne peut pas en dire autant de tous les médias. Combien de lecteurs du Monde savent que leur quotidien a reçu 7,8 millions d’euros d’argent public en 2024 ?

Reste l’essentiel : en démocratie libérale, c’est au juge de dire ce qui est illicite, et au public de décider ce qu’il écoute. Pas à un régulateur, par plateformes interposées.

Sources

  1. ILS ONT DÉTRUIT LA FRANCE - 10 000 PAS SAISON 5 #1 — Source (nouvel onglet)
  2. « #0 La suite arrive - 10 000 PAS saison 5 » (RSS.com, 17 octobre 2026) — Source (nouvel onglet)
  3. « Comment le Raptor Dissident a embrigadé toute une génération de collégiens sur YouTube » (L'ADN, 23 janvier 2024) — Source (nouvel onglet)
  4. « Pourquoi la chaîne YouTube du Raptor a été supprimée en plein live ? » (Dexerto, 16 mai 2022) — Source (nouvel onglet)
  5. « 10 000 pas », le podcast masculiniste du Raptor dans le viseur de l'Arcom (Le Monde, 18 février 2026) — Source (nouvel onglet)
  6. « Une épidémie d'homosexualité » : pour la première fois, un podcast se retrouve dans le viseur de l'Arcom (Puremédias, 24 février 2026) — Source (nouvel onglet)
  7. « Régulation des contenus : ce qui est interdit hors ligne est interdit en ligne » (Public Sénat, 26 février 2026) — Source (nouvel onglet)
  8. « Le Monde saisit l'ARCOM pour censurer mon podcast 10 000 PAS » (Le Raptor, 19 février 2026) — Source (nouvel onglet)
  9. « #21 L'Arcom veut censurer ce podcast - 10 000 PAS saison 4 » (RSS.com, 22 février 2026) — Source (nouvel onglet)
  10. Raptor Nutrition, « Notre histoire » — Source (nouvel onglet)
  11. Raptor CoachingPRO, programme Raptor Bodyweight II — Source (nouvel onglet)
  12. Mentions légales de Raptor Nutrition — Source (nouvel onglet)
  13. The Raptor Company, fiche officielle (Annuaire des entreprises) — Source (nouvel onglet)
  14. « Les principaux bénéficiaires des aides à la presse en 2024 » (Les Clés de la presse, 25 août 2025) — Source (nouvel onglet)
  15. « France: Arcom seeks increased resources » (Advanced Television, mai 2026) — Source (nouvel onglet)
  16. Règlement (UE) 2022/2065 sur les services numériques (DSA) (EUR-Lex) — Source (nouvel onglet)

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