Après le passage de Sarah Knafo, franceinfo prévoit un accompagnement médical
Le 28 octobre, Sarah Knafo a tenu tête pendant vingt-trois minutes aux deux intervieweurs du 8h30 franceinfo. Le directeur de la rédaction annonce depuis un accompagnement « juridique et médical » pour ses journalistes, et la ministre de la Culture se dit « un peu traumatisée ». La radio publique, qui avait ouvert l'entretien sur les condamnations d'Éric Zemmour, découvre qu'une invitée peut rendre les coups.
« Je ne veux pas surjouer la chose, mais ce sont des moments compliqués à vivre. » Le samedi 7 novembre, au micro de la médiatrice de Radio France, Emmanuelle Daviet, le directeur de la rédaction de franceinfo, Richard Place, détaille le soutien apporté à Simon Le Baron et Audrey Tison. Dix jours plus tôt, les deux journalistes ont interviewé Sarah Knafo dans le 8h30 franceinfo. Depuis, un accompagnement « juridique et médical » leur a été proposé.
La veille, sur France Culture, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, s’était dite « absolument choquée et voire même un peu traumatisée quand on s’en prend aux journalistes de cette façon ». L’eurodéputée Reconquête lui a répondu sur X le lendemain matin : « J’ai essuyé 73 interruptions en 24 minutes, soit une toutes les 20 secondes, et je m’en suis remise sans cellule psychologique. »
Vingt-trois minutes de rapport de force
L’entretien du mercredi 28 octobre ne commence pas par une question anodine. « Représentante d’un parti dirigé, peut-être, s’il obtient ses 500 parrainages, représenté à nouveau à la présidentielle par un candidat multicondamné pour incitation à la haine raciale, entre autres, ce sont les faits », attaque Simon Le Baron, avant de demander à son invitée si elle condamne l’attentat raciste commis cinq jours plus tôt à Trappes (Yvelines). « Attention, vous nous prenez pour qui ? Vous pensez qu’on fait des appels aux meurtres ? », répond-elle. À l’écran, le bandeau de la chaîne annonce « Climat raciste : Knafo répond aux accusations ».
La suite tient du match de boxe. Sarah Knafo reproche aux deux journalistes leur « malhonnêteté permanente » dès la troisième minute. Simon Le Baron lui lance : « Vous êtes parmi, avec Éric Zemmour, les principaux promoteurs en France de la théorie raciste, complotiste, du grand remplacement. Vous savez qu’elle a déjà tué, cette théorie ? » Elle lit la liste des Français tués par des djihadistes, et s’entend demander si elle est venue « pour une interview ou pour un discours politique de meeting ». Quand le journaliste lui oppose « de nombreux économistes » critiques de son livre, Le Casse du siècle, elle exige des noms. Réponse : « Vous pouvez arrêter de nous donner des ordres, s’il vous plaît, sur ce plateau. » Elle conclut qu’ils n’ont pas lu le livre.
Les intervieweurs ne sont pas toujours exacts. Quand Sarah Knafo lance « Je sais que vous renvoyez des Charles Sapin », Simon Le Baron répond que l’éditorialiste de Valeurs actuelles n’a pas obtenu de chronique sur France Inter « parce qu’il venait d’un journal condamné pour incitation à la haine ». Selon l’AFP, deux éditos de Charles Sapin avaient bien été diffusés avant que la station ne les supprime, le 19 septembre, après des grèves du personnel. La direction de Radio France n’avait jamais invoqué ce motif.
Richard Place tire lui-même le bilan : l’interview « s’est déroulée d’une manière que nous n’imaginions pas », et « c’était très compliqué d’en ressortir quelque chose ».
Communiqué, syndicats, ministre et médecin
La riposte de la maison est rapide. À 14 h 36, le jour même, franceinfo publie un communiqué qui dénonce « une stratégie visiblement délibérée de délégitimation du travail journalistique » et condamne « les attaques, les menaces ou les tentatives d’intimidation » visant ses journalistes. Moins d’une heure plus tard, les sociétés des journalistes de franceinfo et de Radio France jugent leur travail et leur respect des règles déontologiques « irréprochables ». Le SNJ-CGT de Radio France suit. Le 6 novembre, la médiatrice consacre son éditorial à « une dérive d’une extrême gravité » et rappelle qu’« une démocratie dans laquelle les journalistes doivent redouter les conséquences de leurs questions est une démocratie dont les libertés fondamentales sont en danger ». Viennent ensuite la ministre, puis le volet médical.
Ces menaces, que la chaîne, la SDJ et la médiatrice évoquent toutes, n’ont pas été rendues publiques, et nous n’avons trouvé trace d’aucune plainte. La SDJ en impute la responsabilité à Sarah Knafo : « Un cyberharcèlement prévisible, Sarah Knafo ne pouvait pas ignorer les conséquences de ses messages sur les réseaux sociaux. » En direct, l’eurodéputée a prédit aux journalistes qu’ils seraient « moqués sur les réseaux sociaux ». Dans la matinée, elle a diffusé une vidéo tournée devant la Maison de la Radio, où elle dénonce « ces militants d’extrême gauche qu’on paie avec nos impôts ». Aucun de ces messages n’appelle à menacer qui que ce soit.
La médiatrice, plus lucide que la direction
L’éditorial d’Emmanuelle Daviet ne s’arrête pas aux menaces. Elle écrit que « la gravité de ces menaces inacceptables ne doit pas empêcher de s’interroger sur le déroulement de cette interview ». Elle relaie les auditeurs qui reprochent aux journalistes « des interruptions trop fréquentes et une entrée en matière jugée trop offensive », et note que « les premières minutes d’une interview sont déterminantes ».
Richard Place a le mérite d’écarter l’idée, soumise par des auditeurs, de ne plus inviter les responsables politiques qui mettent en cause le service public : la station a « une obligation », dit-il, de faire entendre tous les partis. Sur l’entretien lui-même, il partage la « frustration » des auditeurs, réaffirme son « soutien » aux intervieweurs et conclut : « Toutes les opinions doivent pouvoir s’entendre sur Franceinfo, mais pour que l’on puisse les entendre, encore faut-il vouloir jouer le jeu de l’interview. » De la question d’ouverture, il ne dit rien.
Le service public a la peau fine
Le 8h30 franceinfo pratique l’interview de combat, et c’est son droit : un journaliste peut confronter une responsable politique aux condamnations de son candidat et lui demander si ses idées ont armé un tueur. Une rédaction qui ouvre un entretien par le casier judiciaire du chef de parti de son invitée, et affiche « Knafo répond aux accusations » à l’écran, peut difficilement s’étonner qu’elle réponde sur le même ton. Ce matin-là, le rapport de force s’est retourné, et la maison a sorti le communiqué, les syndicats, la médiatrice, la ministre de tutelle et le service médical.
Tout cela est financé par l’impôt : le projet de budget 2026 prévoyait 648 millions d’euros pour Radio France, selon le Sénat. Les auditeurs qui paient l’antenne n’ont eu droit à aucun accompagnement. Ils ont eu vingt-trois minutes dont le directeur de la rédaction juge lui-même qu’il était « très compliqué d’en ressortir quelque chose ».
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Sources (13)
- « Retour sur l'interview de Sarah Knafo dans la matinale de franceinfo » (franceinfo, Emmanuelle Daviet, 7 novembre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- « #45/2026 L'édito » (La médiatrice de Radio France, 6 novembre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- « "Je suis scandalisée quand on s'en prend aux journalistes", assure la ministre de la Culture après l'interview de Sarah Knafo sur franceinfo » (franceinfo, France Culture, 6 novembre 2026) — Source (nouvel onglet)
- « Madame la Ministre, vous voilà « absolument choquée et voire même un peu traumatisée » par mon interview sur franceinfo » (Sarah Knafo sur X, 7 novembre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- « Attentat raciste à Trappes, mobilisations sociales, pouvoir d'achat... Le "8h30 franceinfo" de Sarah Knafo » (franceinfo, 28 octobre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- « Attentat raciste à Trappes, mobilisations sociales : Sarah Knafo est l'invitée du 8h30 franceinfo » (franceinfo, YouTube, 28 octobre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- « Ce matin, Sarah Knafo, députée européenne Reconquête, était l'invitée du "8.30 franceinfo" » (franceinfo sur X, 28 octobre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- Communiqué des SDJ de franceinfo et de Radio France (SDJ Radio France sur X, 28 octobre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- « Interview de Sarah Knafo sur franceinfo : soutien à nos collègues » (SNJ-CGT Radio France, 28 octobre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- « Je sors d'une interview lunaire sur France Info » (Sarah Knafo sur X, 28 octobre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- « "Vous pouvez arrêter de nous donner des ordres sur ce plateau ?" : Interview électrique sur Franceinfo entre Simon Le Baron et Sarah Knafo » (Puremédias, 28 octobre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- « Charles Sapin annonce la "suppression" de son édito par France Inter » (AFP, DH, 19 septembre 2026) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)
- Projet de loi de finances pour 2026, avances à l'audiovisuel public, synthèse de l'avis de la commission de la culture (Sénat, novembre 2025) — Source (nouvel onglet) · Archive (nouvel onglet)